OGM: une coexistence à quel prix?

Alors que la population, dans son ensemble, se prononce clairement contre l’introduction des organismes génétiquement modifiés (OGM), le Conseil fédéral souhaite dorénavant réviser la loi sur le génie génétique. Quels intérêts poursuit-il en soumettant au Parlement la modification de la loi sur le génie génétique et l’ordonnance sur la coexistence?

Il est certain que la culture d’OGM sera interdite en Suisse jusqu’en décembre 2017, date échéance du moratoire sur les OGM. Mais qu’en sera-t-il à partir de 2018? C’est justement sous l’égide de la « coexistence » que la Suisse autorisera la prolifération de cultures d’OGM sur notre territoire. Les conditions cadres seront dès lors réunies et il sera difficile de s’opposer à ces cultures. Le blé transgénique, les maïs Bt, MON 810, MON 863, les pommes de terres de type Newleaf ou Fortuna feront alors partie de l’environnement que nous léguerons définitivement et irrémédiablement à nos enfants. Est-ce cela la coexistence?

Les règles de coexistence sont administrativement compliquées

Le Conseil fédéral propose d’établir des zones qui sont soumises au droit des cantons. Il distingue les zones normales, où il sera possible de cultiver des OGM, et les zones d’exception qui seront sans OGM. Pourquoi ces zones sont-elles appelées « zones d’exception »? Comment doit-on distinguer précisément une zone normale et une zone d’exception?

Pour former une zone sans OGM, il faudra une surface d’un seul tenant d’un minimum de 400 ha. Concernant les distances entre les cultures,  le Conseil fédéral propose seulement 12 mètres pour le blé, les betteraves, les pommes-de-terre et le soja et 100 mètres pour le maïs. Si on considère que le vol des abeilles correspond à une aire de diamètre 1 km, le débat sur la coexistence prend toute son ampleur : combien de temps nos cultures sans OGM vont-elles résister ?

Comment fonctionnera l’information entre exploitations agricoles ? Est-ce que les champs OGM devront être marqués ? Qui prendra en charge les mesures de contrôle nécessaires et à quel prix ? Quelles seront les répercussions dans l’assiette du consommateur ?

L’agriculture, en particulier l’agriculture bio est particulièrement menacée

Près de 80 % des exploitations suisses sont liées à des contrats de label qui prescrivent une production sans OGM et une grande majorité des agriculteurs s’exprime clairement contre les OGM dans l’agriculture.

Le cahier des charges des organisations bio interdit l’utilisation de plantes et d’animaux génétiquement modifiés. Toute la chaîne de production bio travaille avec des processus exempts d’OGM et  fixe des seuils de tolérance très bas pour les contaminations inévitables. Ce qui répond au souhait des consommateurs et augmente la valeur des produits agricoles. C’est pourquoi l’agriculture bio est particulièrement touchée par la question de la coexistence des cultures avec et sans OGM.

Le canton du Jura peut agir

Même si le Conseil fédéral souhaite promouvoir le génie génétique, le canton du Jura a les moyens d’imposer sa volonté. L’initiative parlementaire N°27 du député Vincent Wermeille permettrait d’interdire les OGM dans le Jura au-delà de décembre 2017 et règlerait ainsi la question au niveau cantonal. Le parlement jurassien prendra sa décision à l’automne de cette année.

C’est au nom du principe de précaution que la section des Verts du district de Porrentruy s’engage pour une agriculture de qualité, durable et sans plante OGM.

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